Méthode Plaisir et Performance

KeifferLa “Méthode Plaisir et Performance” ou MPP est une méthode d’apprentissage du football mise en place par François Keiffer actuel éducateur des U13 du Montpellier HSC.

Si vous fréquentez les terrains, vous avez sûrement constaté que les responsables d’équipes sont très directifs « Tire ! Passe ! Recule ! Avance ! Ne dribble pas ! » Bref sur le terrain, le joueur est une marionnette qui obéit aux ordres venus de la touche. Parfois même des ordres contradictoires lui viennent de plusieurs personnes. A l’entraînement, les exercices sont souvent à vide, voire sans ballon et trop souvent en décalage par rapport aux réalités d’un match. Le joueur est dressé à faire le geste qu’il faut quand son responsable sur la touche le lui demande. Le footballeur français est pourtant à la recherche de joueurs intelligents qui choisissent le geste approprié en fonction de la situation de jeu.

Évidemment la description effectuée ci-dessus est parfois caricaturale et certains éducateurs savent faire passer le message et laisser jouer les joueurs.

La MPP propose deux grands axes d’apprentissage :

  1. La prise d’autonomie du joueur sur le terrain et une analyse à froid après la rencontre par les joueurs eux-mêmes. Le joueur apporte les réponses aux questions que le jeu leur a posé.
  2. La mise en place de jeux à l’entraînement pour se rapprocher au maximum de la réalité du match. Le geste est effectué par rapport à la situation proposée aux joueurs. Le joueur comprend la pourquoi du geste et s’applique dans le comment.

François Keiffer dispose d’un site internet où il explique sa méthode et détaille toutes les activités organisées en rapport avec la MPP : http://www.francois-keiffer.com/

La suite de cette détaille la MPP et ceux qui voudront aller plus loin, le livre de François Keiffer est toujours disponible sur EdiLivre.

Les 6 concepts de base de la MPP

1-Définir un cadre commun dès le début de la saison

Cadre de vie : le joueur doit savoir au plus tôt dans quel cadre il va devoir évoluer et la limite qu’il ne devra pas dépasser. Elles sont définies par les joueurs avec leur éducateur en début de saison. Le joueur doit appliquer les règles et l’éducateur est le garant de l’application des règles communes

Cadre de jeu commun : comment avez-vous envie de jouer ? A partir des souhaits des joueurs, l’éducateur aura la charge d’établir le cadre de jeu et de tout faire à travers les entraînement et les rencontres pour le mettre en œuvre. Les joueurs impliqués dans le choix pourront donner le meilleur d’eux mêmes.

2-La méthode globale au dépend de la méthode analytique

La méthode analytique consiste à travailler à vide les gestes techniques les uns après les autres en fonction d’une programmation annuelle. Elle a l’inconvénient de tenir peu compte des enchaînements, mais surtout de la réalité des rencontres et des adversaires.

La méthode globale consiste à travailler tous les éléments du football en même temps. Les enchaînements sont pris en compte, mais aussi et surtout les adversaires. De manière à être efficace, il faut se rapprocher au maximum des conditions de match pour ensuite pouvoir les reproduire. Elle favorise l’apprentissage sous forme de jeux !

3-Entraîner dans les conditions de match en systématisant l’opposition

Les impératifs d’une méthode alternative pour rendre le joueur autonome :

  • Intellectualiser la relation avec le joueur de manière à établir un vrai dialogue où la parole de l’autre est plus importante que la sienne.
  • Impliquer le joueur dans les choix : projet de vie, de jeu
  • Aller à l’essentiel lors des séances d’entraînement pour ne pas perdre de temps sur des détails superflus et coller au maximum à la réalité du match
  • Mettre du sens dans les exercices proposés qui doivent rappeler au maximum les situations de jeu, les difficultés rencontrées lors des matchs
  • Prendre le temps de l’observation sans intervenir et arrêter le jeu sans cesse. L’observation faite, il sera plus facile à froid de revenir sur les situations avec les joueurs

Le jeu stimule le cognitif :
L’opposition systématique oblige le joueur à réfléchir pour accomplir le geste de manière correcte. Il grave dans mémoire les solutions au problème posé. Il sait quand il a réussi, quand il a échoué. Il est obligé de resté concentré pour parvenir aux objectifs imposés par le jeu.

Six éléments indispensables pour un bon apprentissage :

  1. Le ballon : comment l’utiliser ? A quel moment ? Je contrôle ou je frappe ? Je passe ou je dribble ?
  2. Le partenaire : A quel moment dois-je jouer avec lui ? Quel partenaire je choisis ?
  3. L’adversaire : Où est-il ? Que fait-il ? Comment mon adversaire se place-t-il ?
  4. L’espace : Où dois-je me placer ou me déplacer ? Quel appel de balle dois-je effectuer ?
  5. Le temps : Quand et pourquoi dois-je accélérer ? A quel moment, dois-je temporiser ?
  6. Le mental : Pourquoi faire des efforts ? Suis-je capable de supporter la pression ?

L’idée à travers le jeu est de travailler un problème à résoudre : jeu court, jeu long, jeu sur les côtés, replacement défensif, attaque placée,… A l’entraînement, le joueur est mis en action immédiatement. Une des premières questions à poser est “Que croyez-vous que nous travaillons ?” Ensuite, il s’agit de guider le joueur pour qu’il trouve lui-même la solution au problème posé.

Le jeu devient match :
Les échauffements sans ballon ou sous forme de perfectionnement technique sont oubliés. 80% de la séance est effectué sous forme de jeu avec deux équipes qui s’opposent. Les situations proposées doivent être en rapport étroit avec le match du samedi. Il est ainsi indispensable de tenir compte du hors-jeu.

Employer les mêmes mots à l’entraînement et en match :

  • Avoir un discours cohérent : Le discours qui occupe une place prépondérante dans le pédagogie se doit d’être riche, varié, adapté, clair, mais surtout positif et cohérent. Le discours doit être le même à l’entraînement et en match. Il faut savoir faire abstraction du résultat, et jouer en match comme à l’entraînement.
  • Le danger de “l’illusion d’évidence” : il ne faut pas croire que le joueur ait compris le message, sinon une incompréhension risque de se mettre en place. Il s’agit de dialoguer, de vérifier que le discours est passé.

La démarche pédagogique

  1. Mettre en action le joueur de manière rapide : l’explication doit être rapide, maximum 1′. Les réponses aux questions des joueurs pourront se faire ultérieurement.
  2. Observer : Se placer de manière à voir tout l’exercice sans arrêter, sans corriger, sans démontrer, sans expliquer, bref, laissez faire ! La phase d’observation dure au moins 10′
  3. Comprendre : prendre des notes pendant la phase d’observation, se poser des questions sur ce qui est observé.
  4. Agir : régler les problèmes en posant des questions en les reformulant si les réponses ne viennent pas. Écouter les réponses et s’en servir pour arriver à la réponse. Elle ne viendra peut-être pas en une seule séance.
  5. Remettre en action : les joueurs doivent mettre en œuvre les solutions apportées. L’observation et l’action peuvent recommencer quatre à cinq fois par thème.
  6. Progresser avec le joueur : Si la progression est rapide de nouveaux objectifs doivent être définis.

L’opération est à répéter jusqu’à compréhension du thème

4-La réflexion du joueur, véritable pivot de la recherche de la solution

  • Le joueur en phase de découverte et la recherche de solutions émanant de sa propre réflexion : Point central de la méthode, le joueur doit être mis volontairement en situation de découverte, puis de réflexion, lors de séances. Le joueur doit systématiquement découvrir quelque chose à l’entraînement. L’entraîneur devient guide par le jeu des questions/réponses, il guide le joueur vers la réponse dans un climat de confiance. L’attention du joueur est captée, sa motivation plus grande.
  • L’entraîneur en tant que guide de cette recherche par le joueur : Il ne faut pas prendre le risque de robotiser le joueur en dirigeant, en corrigeant, en démontrant, sans laisser le joueur s’exprimer. L’éducateur intervient en principe sous forme interrogative.

Les 6 règles à suivre par l’éducateur :

  1. Laisser venir les idées librement : le tri sera fait ultérieurement.
  2. Ne jamais critiquer les propositions : ne pas risquer de bloquer l’imagination du joueur.
  3. Viser la qualité des réponses : une des réponses du lot sera obligatoirement retenue.
  4. Orienter la réflexion : viser l’objectif fixé.
  5. Notez les observations : pour les réutiliser plus tard, par exemple en match.
  6. Prouver, tester, contrôler : utiliser quelques statistiques pour valider l’efficacité des propositions

5-Retrouver la causalité : Plaisir collectif -> Résultats

  1. Apprendre avec plaisir pour une meilleure efficacité : Un joueur qui prend du plaisir à venir à l’entraînement, à jouer un match progressera plus vite.
  2. Le plaisir de la situation : réflexion du joueur/solution : “Au Barça, on leur apprend à gagner, mais on ne les oblige pas à gagner !” Le plaisir doit être le maître mot. La pression de la victoire doit être absente.
  3. Cette résolution de solution engendre des résultats : Les joueurs doivent prendre plaisir à vivre à jouer ensemble. Cette entente doit être porteuse de solidarité et de victoires.

6-Prôner la conservation efficace du ballon

  1. La notion de conservation efficace : L’idée est de rechercher des attaques placées par le jeu au sol, en évitant le dribble. La conservation se travaille sur des jeux en supériorité numérique. Les jeux doivent être simples et variées.
  2. Le beau jeu accentue le plaisir collectif et résultats : La référence au niveau du jeu reste le FC Barcelone.
  3. Apprendre à jouer avec un temps d’avance : L’utilisation de jeux à l’entraînement doit permettre aux joueurs de pendre un temps d’avance à jouer plus vite, à faire des choix avant d’avoir le ballon pour accélérer le jeu.
  4. L’apprentissage par du jeu libre : Ne pas imposer des touches lors des jeux pour ne pas dénaturer le football. Mieux vaut laisser le joueur libre de décider par lui-même. Un joueur qui ne joue pas juste pénalise son équipe. Il pourra être corriger à froid par le jeu des questions-réponses.
  5. Le football ou l’art d’éviter les duels : Éviter les duels c’est créer du mouvement autour du porteur du ballon, c’est jouer vite avec intelligence. Éviter le duel c’est aussi limiter le risque de perdre le ballon.
  6. Ne pas confondre physique et morphologie : Le physique c’est la vitesse, la détente, le démarrage, la souplesse, l’endurance, mais pas la taille.
  7. Avoir des convictions sur son jeu à l’extérieur comme à domicile : En jeune, jouer à domicile ou à l’extérieur ne change rien. Tout se passe dans la tête

La compétition

  • L’échauffement : L’objectif est de faire trouver aux joueurs leurs repères au plus vite, en travaillant leurs gammes, en faisant du jeu au poste. Plus de la moitié de l’échauffement est consacré au jeu. Le reste concerne les étirements et la motivation.
  • Pendant le match : L’idée est de revenir à la joie de jouer au football. Intervenir au minimum sans revenir sur les erreurs d’un joueur et prendre le risque de le bloquer. Prendre des notes sur ce qui ne va pas. Rester calme et serein.
  • A la mi-temps : Laisser parler les joueurs calmement comme à l’entraînement. Dégager ensemble des idées de jeu en fonction des problèmes rencontrés. Construire le seconde période sur 2 voire 3 thèmes maximum.
  • Après le match : Calmement revenir sur la rencontre pour tirer un bilan sur ce qui est satisfaisant et ce qui ne l’est pas. Définir les points à corriger et donc à travailler à l’entraînement de la semaine.
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